Les aidants familiaux et la prise de décision du placement en institution : l’avis de la psychologue


Colloque du 19 janvier 2014 sur le bien vieillir


Jean-Luc MAMOU : Deborah LEHRER, vous êtes psychologue et intervenez en EPHAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Vous êtes aussi en relation avec les aidants familiaux des résidents ou des futurs résidents et vous avez donc l’occasion de les rencontrer avant l’entrée en établissement de leur parent. Tout d’abord, pouvez-vous nous préciser ce que l’on par « aidants familiaux » ?


Deborah LEHRER : On appelle aidant familial la personne qui vient en aide, à titre non professionnel, en partie ou totalement, à un proche malade ou handicapé. Cette aide à la vie quotidienne peut prendre différentes formes : toilettes, soins, démarches administratives, soutien psychologique, activités domestiques, vigilance, coordination des différents intervenants à domicile.

Le vieillissement de la population implique une augmentation programmée du nombre de personnes âgées ayant besoin d’aide.


J-LM : comment ces aidants vivent-ils leur situation, lorsque celle-ci s’installe et dure parfois plusieurs mois ou années ?


D.L : L’aide que les aidants apportent est une source de grand stress, ils se disent souvent anxieux et surmenés. Les professionnels n’hésitent pas à alerter sur ce phénomène d’épuisement qu’ils observent régulièrement. Un épuisement tant physique que moral et proportionnel à l’importance du besoin d’aide de la personne dont ils s’occupent.

Or, l’épuisement génère des risques. Pour l’aidant tout d’abord qui met en péril sa santé, sa famille et souvent sa vie professionnelle. Pour la personne aidée ensuite qui encourt un risque de maltraitance.


J-L M : mais il existe différentes aides possibles à domicile : infirmières, aides-soignantes, aides ménagères, etc.


D.L : en effet, mais elles sont plus ou moins bien acceptées par le patient et aussi par les aidants. Le domicile, habitat plus ou moins investi, représente le terrain privé de l’intime, de la liberté individuelle, une extension de la personne qui lui donne une coloration personnelle et identitaire.

C’est dans le cadre d’une demande d’aide que les professionnels sont acceptés, plus ou moins, dans cet espace.

Ce territoire est habité par celui qui sera aidé directement, mais aussi parfois par ceux qui le seront indirectement et qui sont les plus fréquemment demandeurs d’aide. La situation peut devenir particulièrement anxiogène pour les aidants.

Au bout d’un temps plus ou moins long et surtout lorsque le degré de dépendance du patient augmente, le ou les aidants s’épuisent, et les aides même les plus complètes deviennent insuffisantes.


J-L M : Quelles solutions peut-on apporter à ces difficultés ?


D.L : L’important pour les aidants est de pouvoir parler, pouvoir échanger avec des gens qui traversent la même chose qu’eux. Ils discutent du processus irréversible, de l’attaque de l’intimité familiale, de la prévention de la maltraitance pouvant survenir lorsque l’aidant s’épuise. C’est ici que la participation à des groupes de parole, l’aide des psychologues, voire les consultations médicales spécialisées prennent toute leur importance. Ces solutions peuvent amener un répit plus ou moins long. Mais lorsque la situation devient ingérable à domicile, l’hypothèse du placement en maison de retraite est envisagée.


J-L M : Comment envisager une entrée en institution ?


D.L : L’entrée en institution représente un tournant dans la vie de la personne âgée, souvent un véritable bouleversement, parfois un traumatisme. Et pour la famille c’est une transformation des rapports au conjoint ou au parent, avec le plus souvent de nombreuses répercussions entre les membres du système familial.

Pour les professionnels chargés d’accompagner ce passage d’un lieu de vie à un autre, du personnel au collectif, prendre la mesure des impacts possibles sur la personne comme sur ses proches, orientera notre travail dans un cheminement respectueux des nécessaires maturations pour éviter certains risques, notamment celui de la dégradation des relations familiales.


J-L M : Comment décririez-vous la période qui suit la prise de décision par la famille et qui précède l’admission du parent en institution ?